Cette fable fait parti des différentes histoires fantastiques parues dans « Fiabe italiane » en 1956 et s’intitule « Fanta-Ghirò persona bella ».
L’histoire étant libre de droits, Lamberto Bava eut la très bonne idée d’en faire l’adaptation télévisée
et vu son succès, la nouvelle à été éditée dans un livret intitulé « Fantaghiro e altre storie » avec le couple Fantaghirò/Romualdo en page de couverture.
Traduction du conte :
Autrefois vivait un roi qui n’avait pas de fils, mais seulement trois belles filles.
La première s’appelait Carolina, la deuxième Assuntina et la dernière Fantaghirò, surnommée « persona bella », parce qu’elle était la plus belle de toutes.
Ce roi souffrait d’une étrange maladie que personne n’avait jamais réussi à guérir, de sorte que, le pauvre, il passait ses journées enfermé dans une chambre où il y avait trois chaises,
une céleste, une noire et une rouge. Ses filles, quand elles allaient le voir le matin,
regardaient toujours sur quelle chaise il s’était assis. La céleste signifiait joie ; la noire
signifiait mort ; la rouge signifiait guerre.
Un jour, les filles entrèrent dans la chambre et virent le roi assis sur la chaise rouge,
celle de la guerre. L’aînée dit : « Mon père, que s’est-il passé ? ».
« J’ai reçu », répondit-il, « une lettre du roi notre voisin qui me déclare la guerre. Maintenant je ne sais vraiment plus où donner de la tête. Malade comme je suis, je ne peux pas guider moi-même notre armée. Je devrai me trouver un bon général, mais je ne sais vraiment pas où le chercher, en si peu de temps ».
L’aînée dit : « Si vous me le permettez, je serai le général. Vous verrez que je suis capable de commander les soldats ».
« Rien à faire, ce ne sont pas des affaires de femme », s’exclama le roi impatient.
« Mettez-moi à l’épreuve, je vous en prie », insista l’aînée.
« En tout cas, avant de me battre je veux aller chez notre voisin pour lui demander quelques explications et voir si nous pouvons éviter la guerre ».
« Et bien soit… », soupira le roi. « Mais si en chemin tu te comportes en femme, tu reviendras en ici sans protester ».
La fille accepta le pacte. Le roi appela alors Tonino, son écuyer le plus fidèle, et lui
ordonna de monter à cheval et d’accompagner la princesse à la guerre. Puis il ajouta :
« Attention, cependant, si ma fille commence à se comporter comme une femme, tu devras la ramener immédiatement au Palais ».
Cela entendu, la princesse et l’écuyer montèrent à cheval et partirent pour le royaume
voisin, suivis de toute l’armée. Après un bon bout de chemin, ils arrivèrent à un beau champ de roseaux. « Quelles belles cannes ! », s’exclama la princesse. « Si nous les avions à la maison, qui sait combien de belles quenouilles nous pourrions en tirer, pour filer la laine ».
« À la maison, à la maison » cria sur-le-champ le fidèle Tonino. « Vous avez laissé s’échapper une pensée féminine ». Et ainsi ils rentrèrent au château, emmenant avec eux leurs mille soldats.
Le lendemain, la fille cadette alla chez le roi, s’offrant de commander à son tour la bataille.
Le roi fit avec elle les mêmes pactes qu’il avait faits avec l’aînée et lui mit aux trousses le
bon Tonino. Ils partirent sans perdre une seule minute, avec l’armée toujours derrière eux.
Devant le champ de roseaux, la princesse garda la bouche bien fermée, mais quand ils passèrent à travers un bois de pieux hauts et droits, elle laissa échapper : « Regarde, Tonino, quels beaux pieux lisses et droits ! Si nous pouvions les emporter avec nous, qui sait combien de beaux fuseaux nous pourrions en tirer, pour filer la laine ».
« À la maison, à la maison », cria Tonino, « vous vous êtes souvenue de pensées féminines ».
Ils rentrèrent au palais très attristés, avec les soldats aux talons. Le pauvre roi ne
savait plus comment remédier à cette situation embarrassante et se voyait déjà perdu. À ce
moment se présenta chez lui Fantaghirò qui lui fit mille cajoleries en lui demandant de l’envoyer à la guerre.
« Pas question », dit au début le roi. « Tu n’es qu’une enfant. Tes sœurs aînées n’ont pas réussi dans l’entreprise, comment peux-tu croire que je pourrai me fier à toi ? »
« Je vous comprends, mon père », répondit Fantaghirò avec un sourire, « mais qu’est-ce que cela vous coûte de me mettre à l’épreuve ? Au fond, vous n’y perdez rien. Vous verrez que je vous ferai honneur ».
Elle paraissait si sure d’elle que le roi dut lui donner raison par force de raison. Il appela donc le fidèle Tonino et lui donna les mêmes instructions qu’auparavant. Pendant que les deux hommes parlaient entre eux, Fantaghirò se vêtit en guerrier avec épée et pistolets. Elle ressemblait à un beau dragon vaillant.
Bref, pour la faire courte, elle et Tonino montèrent à cheval et partirent en emmenant
derrière eux, encore une fois, toute l’armée. Ils passèrent le champ de roseaux, passèrent le bois de pieux et la fille resta muette comme un poisson. Quand ils arrivèrent à la frontière, elle ordonna aux soldats de s’arrêter et dit à l’écuyer : « Toi, reste ici avec notre armée. Avant de partir en guerre, je veux parler avec notre ennemi en tête-à-tête ».
Le roi ennemi était un beau jeune homme. Il lui suffit de jeter un seul regard à Fantaghirò pour dire en lui-même : « Ce prince n’est pas un homme comme les autres. Je suis prêt à jurer qu’il s’agit d’une femme ». Mais à haute voix il dit seulement : « Venez avec moi, seigneur prince. Je veux vous avoir comme hôte à mon palais, ainsi nous pourrions mieux nous connaître et parler un peu de nos affaires ».
Quand ils arrivèrent au palais, le roi courut chez sa mère et lui parla en hâte du
guerrier qui commandait l’armée adverse. Il criait presque, pris par la passion qu’il
sentait dans son cœur :
Fantaghirò, persona bella,
A des yeux noirs et de douces paroles,
Ô maman, elle me semble être une demoiselle.
La mère dit : « Conduis-le dans la chambre des armes. Si c’est vraiment une femme, elle ne les regardera pas et ne voudra certainement pas les toucher ».
Le roi suivit ce sage conseil, mais avec peu de résultats. En effet, Fantaghirò détacha les
épées du mur et se mit à les essayer une à une, les maniant avec grande dextérité,
comme l’aurait fait un homme. Puis elle prit les pistolets et les fusils, et essaya aussi ceux-là, pour voir comment on les chargeait et s’ils tiraient correctement.
Le roi revint chez sa mère tout essoufflé, avec le cœur qui battait la chamade de
passion, et lui dit « Il s’est comporté comme un homme. Moi cependant je suis toujours de la même idée :
Fantaghirò, persona bella,
A des yeux noirs et de douces paroles,
Ô maman, elle me semble être une demoiselle. »
La mère y songea un instant. Puis, émue par le désespoir de son fils, elle dit :
« Invite notre hôte à déjeuner. S’il prend le pain et l’appuie sur la poitrine pour le couper, c’est sûrement une femme. S’il le coupe en le tenant en l’air, c’est certainement un homme, et tu en as perdu la tête sans raison ».
Cette épreuve aussi alla bien pour Fantaghirò. En effet, la princesse coupa le
pain à mi-hauteur, avec un geste de guerrier. Pourtant le roi n’était pas encore convaincu. Il revint donc chez sa mère, désolé, et lui dit : « Elle a fait le contraire d’une femme. Moi,
cependant, je suis toujours de la même idée :
Fantaghirò, persona bella,
A des yeux noirs et de douces paroles,
Ô maman, elle me semble être une demoiselle. »
La mère dit : « Tu me sembles fou. Mais si tu as cette idée fixe, il te convient de faire une troisième épreuve. Prie notre hôte de passer une nuit dans ton lit. Si c’est une fille, elle te dira sûrement non. »
Le roi alla aussitôt trouver Fantaghirò et lui dit : « Si tu veux me rendre heureux, viens dormir dans mon lit ».
« Cela me ferait plaisir à moi aussi, Majesté », répondit Fantaghirò. « Si vous voulez, ce soir on dormira ensemble ».
Avant de se mettre au lit, ils dînèrent ensemble. La bouteille de vin destinée à Fantaghirò
contenait un puissant somnifère qui aurait dû faire dormir la fille. Mais elle, rusée, n’en but pas une goutte.
Quand ils eurent fini le dîner, un instant avant d’aller au lit, elle dit : « Portons un
toast, avant de nous coucher ». Ils s’échangèrent un baiser, se prirent par le bras, et pendant ce temps Fantaghirò chantait :
Bois, allez, compagnon,
Sinon je t’occirai.
Le roi répondait :
Ne m’occis pas, compagnon,
car je boirai !
Et pendant ce temps il buvait, sans s’en apercevoir, la bouteille qui contenait le somnifère. De sorte que, quand il arriva dans sa chambre, il se jeta sur le lit habillé comme il était. Il lui suffit de quelques instants pour s’endormir, ronflant comme un animal.
Au réveil, le matin suivant, le roi vit Fantaghirò déjà debout, avec l’uniforme de
dragon déjà sur elle. Il ne pourrait plus dire si c’était une femme, ou un homme. Imaginez
le désespoir dans lequel il tomba et la passion qui lui brûlait le cœur ! Il lui semblait mourir de chagrin. Il revint donc chez sa mère, qui commença à le gronder pour sa folie. Lui
cependant insistait à répéter :
Fantaghirò, persona bella,
A des yeux noirs et de douces paroles,
Ô maman, elle me semble être une demoiselle.
À ce point, la mère avait perdu le peu de patience qui lui restait, cependant
elle dut faire avec cette fixation. « Je t’accorde une dernière épreuve », lui dit-elle
donc, « mais ce sera vraiment la dernière. Invite Fantaghirò à prendre un bain nu avec toi dans la vasque des poissons que nous avons dans le jardin. Si c’est une femme, elle refusera de venir, ou en tout cas devra dévoiler son secret ».
Le roi, immédiatement, fit cette invitation à Fantaghirò, qui lui dit : « Je n’en reviens pas. Chez moi je suis habituée à me laver tous les jours, et maintenant cela fait un bon moment que je ne suis pas rentré dans l’eau. Le bain, cependant, nous devrons le remettre à demain matin. A l’instant, je ne peux vraiment pas ».
Puis, pendant que le roi s’en allait tout content, la fille appela le fidèle Tonino et lui
ordonna : « Monte à cheval et porte une lettre à mon père. Mais recommande-lui de faire tout de suite ce que je lui demande, sinon je suis perdue ».
Dans la lettre, Fantaghirò demandait au roi son père de lui envoyer en toute hâte un soldat
pour le lendemain matin, avec le message précisant qu’il était à l’article de la mort, et qu’il voulait revoir son fils adoré avant de mourir.
Tonino fila à toute vitesse. Le lendemain, les choses allèrent selon les plans. À mi-
matinée Fantaghirò et le roi amoureux se rencontrèrent dans le jardin, devant la vasque des
poissons.
Lui ne perdit pas de temps pour se déshabiller, et se jeta dans l’eau en criant : « Jette tes vêtements, et rejoins-moi. Il fait si chaud, un bain est ce qu’il nous faut ».
Mais elle n’était pas pressée. « J’ai trop chaud pour me baigner », disait-elle « et je suis tout en sueur. Avant de venir dans l’eau je veux me rafraîchir un peu. Sinon je risque de faire un malaise ».
En réalité elle cherchait à faire traîner les choses en longueur, en attendant que le messager de son père la ramène à la maison saine et sauve. Mais elle avait beau attendre, personne n’apparaissait. Pendant ce temps cependant, le roi continuait à lui demander de se déshabiller et d’entrer dans la vasque avec lui.
Fantaghirò dit : « Je ne peux pas vous contenter. J’ai des frissons terribles aux jambes et aux
épaules. C’est un mauvais signe, vous savez. Il y a quelque malheur dans l’air ».
« Ce n’est rien », répondait le roi. « Déshabille-toi et viens dans l’eau, où on est vraiment
bien ».
À ce moment elle entendit un bruit. Fantaghirò, toute contente, s’exclama : « Un cheval ! Je vois un cheval qui arrive au galop avec un de mes soldats en cavalier ».
Un instant plus tard le soldat était devant elle, et il lui tendit la lettre de son père.
Fantaghirò prit le message et l’ouvrit en hâte. Quand elle l’eut lu, elle dit au roi ennemi : « Je regrette, Majesté, mais j’ai reçu de mauvaises nouvelles. Mon père est à l’article de la mort et veut me revoir avant de fermer les yeux pour toujours. Je me disais bien que ces frissons étaient un mauvais signe. Je dois rentrer à la maison en vitesse. Si vous voulez, faisons la paix tout de suite. Puis, à votre convenance, vous pourrez venir me rendre visite dans mon royaume. Le bain nous le ferons une autre fois ».
Imaginez-vous le désespoir du roi. Il était plus que jamais convaincu que Fantaghirò était
une femme, et il mourait de passion. Mais il dut s’adapter à son cruel destin, et la laisser
partir sans avoir la preuve définitive de ses soupçons.
Cependant, avant de partir, Fantaghirò passa par la chambre où elle avait dormi et
mit sur le lit un feuillet sur lequel elle avait écrit :
Fantaghirò
Femme est venue et femme s’en va,
Mais le roi ne l’a pas reconnue.
Le matin suivant, quand le roi alla dans la chambre pour retrouver le lit dans
lequel son mystérieux hôte avait dormi, il trouva le message et resta pétrifié,
entre le chagrin et la joie. Puis il courut chez sa mère. « Maman, maman, j’avais raison !
Fantaghirò est une femme. Voici le feuillet qu’elle a écrit elle-même, de ses mains ». Et sans
même attendre la réponse de sa mère, il fit atteler la voiture et se mit à grande
vitesse sur les traces de Fantaghirò.
La princesse, pendant ce temps, tenait compagnie à son père et lui rapportait toutes les choses qui étaient arrivées ces jours-là et comment elle avait fait la paix avec l’ennemi sans combattre ne serait-ce que dans une seule bataille. Elle n’avait pas encore fini son récit, qu’elle entendit un grand bruit dans la cour.
C’était le roi amoureux, qui arrivait plus vite qu’un éclair pour revoir la femme qu’il
aimait. Ils parlèrent longuement…
La conclusion fut qu’ayant fait la paix entre les deux royaumes, Fantaghirò pouvait aussi épouser son amoureux sans plus d’obstacles.
Cela dit, le jeune roi la porta dans son palais, où lui et son épouse vécurent heureux
et joyeux pendant de nombreuses années.
Avec le temps, Fantaghirò fut nommée héritière de son père, et devint la reine des deux royaumes.
La fable en italien par « Teatro all’improvviso », lue par Galatea Ranzi et illustrée par Dario Moretti.
Voici les jaquettes des différentes éditions :




